Cet article évalue l’impact des politiques de subvention en intrants agricoles sur la productivité de l'arachide dans le bassin arachidier sénégalais. À partir d'une enquête portant sur 1 657 ménages producteurs répartis dans cinq régions (Kaffrine, Kaolack, Diourbel, Thiès et Fatick), le papier mobilise une approche économétrique combinant le modèle Probit pour estimer déterminants de l'allocation des intrants subventionnés et le modèle Propensity Score Matching (PSM), qui permet de corriger le biais de sélection inhérent à la non-randomisation de l'accès à la subvention et d'estimer un effet causal robuste. Les résultats du modèle Probit confirment que la taille du ménage (+0,65 point de probabilité par membre supplémentaire), l'indice d'équipement agricole (+2,81 points par unité), l'accès au crédit agricole (+22,2 points) et l'accès à l'appui-conseil (+13,1 points) déterminent positivement et significativement au seuil de 5 % la probabilité de bénéficier d'une subvention. Ces résultats révèlent un biais de ciblage structurel du Programme de Subvention des Intrants Agricoles (PSIA) en faveur des ménages déjà les mieux dotés en capital institutionnel, au détriment des producteurs les plus vulnérables. Les résultats du PSM confirment que l'accès aux intrants subventionnés accroît le rendement arachidier de manière causale, avec un ATT estimé entre +46,6 kg/ha (NNM caliper) et +63,8 kg/ha (Radius Matching, significatif au seuil de 1 %). En termes économiques, la subvention génère un gain moyen estimé à environ 148,5 kg de production additionnelle par ménage et par campagne, soit un revenu brut supplémentaire d'environ 37 125 FCFA. Ces résultats convergent vers un constat de politique publique clair : le PSIA produit un effet positif et réel sur la productivité des bénéficiaires, mais son ciblage tend à exclure les producteurs les plus vulnérables ceux pour lesquels l'effet marginal de la subvention serait potentiellement le plus élevé. Des réformes profondes du mécanisme de ciblage et un renforcement des services complémentaires (crédit, vulgarisation) sont nécessaires pour maximiser l'impact global du programme.